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Courrier des lecteurs
Comme vous nous le proposez, je souhaite
réagir à votre édito du numéro d’automne.
Pour ma part, je préfèrerais que le journal s’en
tienne à des informations plutôt que d’entrer
dans des débats souvent complexes.
Ainsi en ce qui concerne la Picharlarié, parlons-en justement !
Et surtout que le débat qui partage actuellement la région,
n’empêche pas les gens du pays d’être informé sur
ce lieu, son histoire et ce qui s’y est passé récemment.
Commençons par son histoire - 1943. Le 16 février 1943,
l’occupant allemand met en place une loi instituant pour tous
les hommes nés en 1920, 1921 et 1922 un service de travail
obligatoire (STO) en Allemagne. En Cévennes, particulièrement,
de nombreux jeunes refusent, désertent et se cachent, on les
appelle « los cabits », (les cachés).
Ce sont les réfractaires au STO, et il est admis que « chaque
ferme des Cévennes cache son jeune, voire 2 ou 3 ».
La plupart de ces jeunes, d’une vingtaine d’années,
n’ont reçu aucune formation militaire et 2 résistants
locaux : Marceau Lapierre de Saint-Jean-du-Gard et Georges Lafont,
maire de St-Étienne-Vallée Française décident
de créer un maquis école pour remédier à cet état.
Ce sera à la Picharlarié, ferme isolée à 700
m d’altitude, sur la commune de Moissac en Vallée Française.
À
la fin de l’été 1943, une dizaine de jeunes s’installent
dans ces lieux. Ils dépendent de l’équipe de
résistants de la région appelée « le
comité de St-Jean ». De 1943 à 1944, près
de deux cent jeunes viendront à la Picharlarié pour
recevoir une formation à la lutte armée de 3 semaines,
effectuée par un capitaine de réserve de Moissac, Basset,
puis Miguel Arcas, jusqu’à l’arrivée
du célèbre maquis « Bir Hakeim ».
Le maquis-école et « Bir Hakeim » cohabitent à la
Picharlarié, plusieurs mois. À proximité, se
trouve le maquis des antifascistes allemands, au Galabertès.
Les maquisards doivent s’enfuir lors de l’attaque et
encerclement de toute la Vallée Française par 2000
allemands. Excepté un résistant, les 120 maquisards
parviendront tous à s’échapper, et iront de maquis
en maquis jusqu’au massacre de « La Parade – La
Borie » où la plupart seront tués. Voilà un
pan de l’histoire des Cévennes.
Pour ce qui concerne des faits récents. La Picharlarié,
désertée, a été occupée par des
gens sans l’accord du propriétaire en 2002. Il y a deux
ans environ, lors d’un de mes passages sur les lieux, les bâtisses étaient
présentes avec des élévations sur plusieurs étages,
seuls les toits manquaient et étaient remplacés par
des bâches. Mi-novembre 2007, je retourne sur les lieux. La
grande bâtisse a été rasée au niveau du
rez-de-chaussée, toutes les pierres du bâtiment comblant
l’intérieur. À l’échelle du lieu,
il ne reste qu’un tas de cailloux.
Pour poursuivre l’information, la Picharlarié aurait été détruite
le 11 juillet 2007, avec l’accord du propriétaire
appuyé par le préfet de Lozère. Les forces de
l’ordre étaient présentes sur le terrain le jour
de la destruction totale du bâtiment.
Voilà pour l’information sur ce bâtiment qui était
un patrimoine historique appartenant à la mémoire collective
de cévenols mais aussi de résistants, d’étrangers
antifascistes, de tous ceux qui ont lutté durant cette période
difficile de notre histoire, de tout habitant attaché à ce
pays.
Ma principale source: «Un maquis
d’antifascistes allemands
en France (1942-1944)» d’Évelyne et Yvan Brès
aux Presses du Languedoc (un livre admirable, malheureusement épuisé).
Florence Arnaud
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